Oméga 3 et cancer hormono dépendant | Points de vue

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Le cancer du sein est l’un des plus fréquents chez la femme et son incidence progresse chaque année. L’avancée des techniques et des thérapeutiques permet de réduire la mortalité, mais ne saurait suffire. L’hygiène de vie est complémentaire en prévention et pour mieux affronter la maladie. Grâce à la recherche, nous connaissons de mieux en mieux les facteurs protecteurs, notamment sur le plan nutritionnel. Dans cet article, j’explore la relation entre oméga 3 et cancer hormono dépendant à partir des différentes études disponibles sur le cancer du sein.

Les sources d’oméga 3  

Les oméga 3 sont des acides gras polyinsaturés, que le corps ne sait pas synthétiser, d’où le besoin d’apports alimentaires. Les poissons (surtout les gras) et certaines huiles végétales (colza, noix, lin, cameline…) en contiennent. Plusieurs formules chimiques existent : l’ALA (acide alpha linolénique) est présente surtout dans les sources végétales et l’EPA (acide eïcosapentaènoïque), le DHA (acide docosahexaènoïque) et le DPA (acide docosapentaénoïque) dans les sources animales.

Les oméga 3 sont réputés pour leur effet bénéfique sur la santé cardiovasculaire et le cerveau. Ils sont dotés également de propriétés anti-inflammatoires, très utiles pour limiter l’inflammation du corps. Quant au cancer, certains travaux ont démontré une action protectrice vis-à-vis des tumeurs du sein, notamment en prévention. En revanche, pendant les traitements, les possibles bénéfices font moins consensus.

Les enseignements d’études sur le lien entre oméga 3 et cancer hormono dépendant 

Les travaux scientifiques sur le cancer du sein en général sont répandus ; je m’y suis donc référée faute d’éléments éclairants sur la relation spécifique entre oméga 3 et cancer hormono dépendant, sachant que ce dernier représente la très grande majorité des tumeurs du sein (plus de 70 % en France). Voici les études que j’ai sélectionnées.

1. Une étude [1] américaine de 2011 réalisée sur une cohorte de 3 081 patients (diagnostiquées et traitées) n’observe pas d’action positive d’une supplémentation en acides gras d’origine marine de la famille des oméga3 sur la mortalité et la survie sans récidive ou second cancer. En revanche, une alimentation en oméga 3 en diminuerait le risque.

 2. Parue dans la revue BMC Cancer en 2012, une étude [2] iranienne randomisée en double aveugle [3] a mis en évidence l’impact positif des oméga 3 sur la réduction des neuropathies causées par le taxol en cas de chimiothérapie du cancer du sein. Les femmes ont reçu 640 mg par jour de cet acide gras en complément tout au long de leur traitement et jusqu’à 1 mois après. Néanmoins, l’étude a inclus seulement 80 patientes, ce qui pèse peu statistiquement.

3. En 2013, une équipe de chercheurs chinois a analysé une vingtaine d’études conduites dans différentes régions du monde portant sur le lien entre la consommation d’oméga 3 et le risque du cancer du sein. L’étude [4] s’est basée sur un échantillon de plus de 800 000 femmes et 20 000 cas de tumeurs du sein diagnostiquées. Il en est ressorti que plus le régime en oméga 3 est riche, plus la probabilité de développer un cancer du sein diminue. En mangeant une à deux portions de poissons gras par semaine, le risque baisse de 14 %.

Cette corrélation s’observe uniquement avec l’EPA, le DHA et le DPA (d’origine marine), mais pas avec l’ALA (de type végétal). Les chercheurs ont précisé que le risque d’être touché par cette maladie était minoré parmi la population asiatique, qui consomme plus de poissons que dans les pays occidentaux. 

4. Une étude américaine [5] parue en 2015 a suivi une cohorte de près de 1 500 femmes atteintes d’un cancer du sein (trois mois après leur diagnostic) afin de mesurer l’impact de la consommation de poissons et d’acides gras oméga 3 polyinsaturés sur la survie à 15 ans. La mortalité globale est diminuée chez les femmes consommant le plus de thon par rapport aux non-consommatrices ou celles consommant d’autres poissons. De même, la mortalité globale est réduite chez les plus fortes consommatrices d’acides gras oméga. L’effet sur la mortalité spécifique par cancer du sein n’est pas significatif.

 5. L’atout des oméga 3 sur le cancer hormono dépendant a été également analysé par d’autres scientifiques chinois en 2022 par l’angle de la prévention des tumeurs du sein, en collaboration avec la société nord-américaine de la ménopause. L’étude [6] a révélé qu’une alimentation régulière en oméga 3 (d’origine marine ou pas) contribuerait à réduire le risque de cancer du sein selon une étude cas témoin incluant 1 600 femmes. L’effet est significatif en cas de surpoids et d’obésité, mais pas pour les femmes de corpulence normale. Les femmes en préménopause et celles atteintes de certaines formes de tumeurs du sein seraient davantage protégées. Les conclusions d’études antérieures étaient plus réservées pour la femme déjà ménopausée, ce qui encourage à promouvoir une telle alimentation avant l’entrée en ménopause.  

L’action de certains acides gras polyinsaturés sur le développement des tumeurs

Une découverte intéressante suggère qu’au sein des tumeurs cancéreuses, il existe des cellules spéciales qui parviennent à survivre dans un environnement très acide, en utilisant des acides gras à la place du glucose ; mais il est possible de lutter contre elles en les nourrissant d’acides gras potentiellement toxiques, surtout le DHA, comme l’a démontré la chercheuse Emeline Dierge, dans sa thèse réalisée au sein de l’Université catholique de Louvain. Publiés en 2021 dans la revue réputée Cell Metabolism, ses travaux ont permis de décrypter comment évoluent les tumeurs en présence de différents types d’acides gras et de découvrir que les acides gras polyinsaturés oméga 3 et oméga 6, à longue chaîne, comme le DHA, ralentissent le cancer chez des souris, grâce au phénomène de ferroptose, une sorte de mort cellulaire liée à la peroxydation de certains acides gras. Plus il y a d’acides gras insaturés au sein de la cellule, plus la probabilité d’oxydation augmente, avec à la clé la mort des cellules. La chercheuse a également analysé des tissus humains, débouchant sur des résultats prometteurs. Tous les types de tumeurs solides seraient potentiellement concernés.

Quelques années avant, Olivier Feron, spécialiste en oncologie à l’UCLouvain, avait révélé que certaines cellules tumorales utilisent en milieu acide les lipides comme énergie au lieu du glucose pour se multiplier, se déplacer et évoluer en métastases. S’en sont suivis les travaux d’Emeline Dierge ouvrant des pistes de recherche optimistes, en particulier l’intérêt d’intégrer le DHA dans les protocoles de chimiothérapie. Les chercheurs de l’Université de Louvain soulignent que l’acide gras agit sur le cancer en acidose, située au centre des tumeurs ; il ne supprime pas la tumeur en elle-même. Les cellules en périphérie sont ciblées par les traitements actuels ; aussi, renforcer les protocoles en attaquant le cœur de la cellule serait bénéfique, par le biais d’un apport optimal de DHA.

Les précautions prises par la Belgique

Sur son site Internet, la fondation contre le cancer belge reconnaît l’intérêt des oméga 3 lors de certains traitements, mais mentionne aussi que selon certaines études, les compléments d’huile de poisson et la consommation de poissons gras pourraient rendre les cellules tumorales insensibles à certains protocoles de chimiothérapie (notamment ceux à base de platine). Ces informations créent le doute, ce qui incite à une certaine vigilance. La fondation recommande de ne pas consommer ces acides gras le jour d’une séance de ce type de chimiothérapie. 

Pour conclure, vous l’avez perçu, il est difficile de se forger une opinion tranchée sur les effets des oméga 3 sur le cancer hormono dépendant en raison de la diversité des conclusions scientifiques et aussi la complexité d’une telle maladie.

Sans pour autant envisager la supplémentation, une alimentation riche en oméga 3 apparaît comme protectrice vis-à-vis du développement du cancer du sein, que ce soit en prévention primaire ou face au risque de récidive. Pendant le traitement, la prudence s’impose davantage ; en tant que naturopathe spécialisé dans le cancer, je ne recommande pas en général de compléments alimentaires aux personnes en traitement, car il y a selon moi d’autres priorités. Cependant, j’insiste sur l’importance majeure de ne pas négliger cette source nutritionnelle, notamment d’origine marine, notre corps en ayant besoin. Après les traitements, ma position est globalement la même, mais si la personne ne consomme ni poissons ni huiles végétales, je peux proposer des cures de compléments alimentaires avec des pauses de temps en temps. Idéalement, si elle peut effectuer un bilan sanguin de son statut en acides gras, c’est encore mieux puisque cela permet de vérifier que la supplémentation vient combler des carences avérées.

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[1] Marine Fatty Acid Intake Is Associated with Breast Cancer Prognosis, Journal of nutrition, 2011

[2] Omega-3 fatty acids are protective against paclitaxel-induced peripheral neuropathy: a randomized double-blind placebo controlled trial, BMC Cancer, 2012

[3] Dans un essai en double aveugle, les participants ne savent pas à quel groupe ils appartiennent : ils reçoivent le produit testé ou le placebo. 

[4] Intake of fish and marine n-3 polyunsaturated fatty acids and risk of breast cancer: meta-analysis of data from 21 independent prospective cohort studies, BMJ, 2012

[5] Dietary intake of fish, polyunsaturated fatty acids, and survival after breast cancer: A population-based follow-up study on Long Island, New York, 2015

[6] Association of dietary intake of n-3 polyunsaturated fatty acids with breast cancer risk in pre- and postmenopausal Chinese women, 2022

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